Témoignage de Barry Mayson
Le plus grand voyage!
Des Hell's Angels au Ciel
Vous vous demandez peut-être comment un homme comme moi, avec la mère et l'éducation que j'ai eues, a bien pu se joindre à un groupe aussi vicieux que les Hell's Angels.
Pendant des années, j'assistais fidèlement à l'école du dimanche et j'écoutais ma mère me parler de Dieu et de son amour pour nous. Tout cela me semblait bien, jusqu'à l'année de mes seize ans. Cette année-là, mon beau-père, que j'aimais beaucoup, a attrapé la malaria pendant un vol outremer où il pilotait pour une compagnie aérienne internationale.
J'ai prié, suppliant le Seigneur de lui laisser la vie, mais il est mort. Sa mort a été difficile pour moi, très difficile, et j'ai décidé que je ne voulais rien savoir d'un Dieu qui permettait des choses aussi horribles. Ma mère a essayé de me raisonner, mais je lui ai dit de garder sa Bible pour elle.
Il me semblait que les gars qui s'amusaient faisaient toutes les choses dont ma mère m'avait mis en garde. J'ai commencé à me faire de nouveaux amis, et quand ma mère a vu le genre de gars avec qui je me tenais, elle m'a dit qu'elle prierait pour moi tous les jours. J'ai ri.
Une seule chose me fascinait vraiment : la vie rude des motards. À l'âge de 22 ans, je m'étais joint à un club de motards à Charleston, en Caroline du Sud. Nous soutenions notre mode de vie vagabond par le jeu, le trafic de drogues et autres vices; nous la protégions par la violence. Bientôt, les Hell's Angels, la bande de motards la plus brutale de toutes les bandes, nous ont accueillis au sein de leur réseau national.
Par la terreur et l'intimidation, les Hell's obtenaient toujours ce qu'ils voulaient : leurs manteaux de cuir noirs et leurs motos bruyantes étaient devenus des symboles du crime qui semaient la peur dans tout le pays.
J'étais surpris à l'époque que ma mère ne m'ait pas renié. Je savais qu'elle détestait ma vie, mais chaque fois que j'arrivais en trombe chez elle pour me doucher et passer la nuit, elle m'accueillait.
Elle ne cessait de me dire qu'elle priait toujours pour moi. " Reviens à Jésus ", me suppliait-elle encore et encore. " Il n'est pas trop tard. Ses forces puissantes t'aideront à trouver ce que tu veux vraiment. "
Je lui souriais en montant ma moto. " Maman, il n'y a rien de plus puissant que les Hell's Angels! " Puis, riant, je faisais un " wheelie " en quittant sa cour à toute vitesse.
Les années ont passé : même mon mariage à Fran ne pouvait me garder de la route. Et puis, un soir, je me suis mis dans le pétrin. Lors d'une réunion des Hell's Angels à San Mateo, en Californie, un de nos chefs, un homme nommé Wolf, vidait son sac par rapport à un certain chef de bande adversaire en Caroline du Sud.
" Je veux sa tête! ", m'a-t-il lancé d'un ton hargneux. " Tu es responsable de la Caroline du Sud. Occupe-toi de l'affaire! "
J'avais flanqué des raclées, entaillé des visages et crevé des yeux. Mais tuer un homme? Peut-être ce sont mes classes d'écoles du dimanche qui m'ont poussé à le dire, je n'en sais rien, mais j'ai confronté Wolf. Je lui ai dit : " Je suis un Hell's Angels, mais je ne suis pas un assassin. "
Dès ce moment, j'étais sur la liste noire des Hell's Angels.
Ce même soir, j'ai découvert qu'ils voulaient ma peau. J'ai déguerpi à San Francisco dans le temps de le dire. Je devais sortir de la Californie, mais je n'avais pas l'argent pour payer un billet d'avion. Je n'osais pas en demander à mes " amis "; ils me dénonceraient aux Hell's. J'ai alors compris que les deux seules personnes à qui je pouvais faire confiance étaient ma mère et ma femme, qui étaient toutes les deux chez ma mère en Caroline du Sud avec notre fillette.
C'est ma mère qui a répondu au téléphone. " Oui, bien sûr, m'a-t-elle assuré, je t'enverrai l'argent. " J'ai passé la nuit à trembler dans une chambre d'hôtel bon marché, attendant l'ouverture du Western Union le lendemain matin.
À 9 h 00, je me dirigeais vers le bureau de télégraphe. Soudainement, j'ai vu, me fixant de l'autre côté de la rue, un grand blond à la barbe rousse. Je l'avais déjà vu : il était un Hell's Angel. Deux autres gars en manteaux de cuir l'accompagnaient. Il a donné un coup de coude à l'un, m'a pointé et les trois ont commencé à traverser la rue.
Je me suis frayé un chemin dans la foule, cherchant l'enseigne du Western Union. Puis je vis deux autres visages devant moi, me regardant. Ils ont fait signe aux deux hommes derrière moi : j'étais pris au piège.
J'ai continué rapidement mon chemin, haletant, les genoux en compote. L'enseigne rouge d'une cafétéria clignotait devant moi, et j'y suis entré. Je me suis dirigé vers l'arrière de la cafétéria, où il y avait une rangée de téléphones publics. Je devais appeler les femmes à la maison. Je devais leur dire que je les aimais, avant que ces gars-là ne m'attrapent.
J'ai composé le numéro de ma mère et j'ai dit à l'opératrice que Barry Mayson appelait à frais virés.
Répond, quelqu'un!
" Allô? " C'était Fran.
" Salut, beauté ", lui ai-je répondu, la gorge serrée.
" Où es-tu? Nous sommes si inquiètes! "
Ma gorge s'est serrée davantage. J'arrivais seulement à chuchoter : " Beauté, je voulais juste te dire à quel point je t'aime. " Je clignais des yeux pour chasser les larmes. " Je m'excuse de la manière dont j'ai agi envers toi et envers Maman… peux-tu me pardonner? "
" Oui, Barry, oui! "
J'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule. Deux des Hell's Angels étaient entrés dans la cafétéria; les autres s'étaient regroupés dehors.
Mes mains sont devenues glacées. " Les Hell's Angels m'en veulent. Ils sont à mes trousses. "
" Mais nous t'avons envoyé l'argent. Nous t'attendrons à l'aéroport. "
" C'est impossible, ma belle. Ils sont tous autour de moi. J'ai juste appelé pour vous dire adieu. " Une ombre est tombée sur le téléphone. Je me suis retourné; deux hommes se tenaient derrière moi.
" On veut utiliser le téléphone. "
J'ai pointé les autres téléphones sur le mur.
" C'est ce téléphone-là qu'on veut, vieux! " m'a lancé l'autre d'un ton hargneux.
" Eh bien, je l'utilise! " Je me suis dit que tant que je tenais l'appareil, je serais en sécurité. Traîner un homme qui tient désespérément un téléphone attire trop d'attention. Mon raisonnement était bon; ils ont reculé.
J'ai entendu la voix de ma mère au téléphone. " Chéri, j'écoutais sur l'autre téléphone. Écoute-moi, tout va bien se passer. "
" Maman, tu ne comprends pas. Ces gars-là vont me tuer. Je voulais juste te dire à quel point je suis désolé de toutes les choses terribles que je t'ai faites. "
" Chéri, je t'aime. Toutes ces choses sont pardonnées. Barry, écoute; il y a de l'espoir pour toi. "
" Maman, il y a deux gars ici qui vont me tuer. Quel espoir? "
" Chéri, ton espoir est en Jésus. "
J'ai baissé les yeux pour fixer le plancher couvert de clopes et de papiers. " Maman, j'ai dit doucement, Jésus ne voudrait pas de moi. Quand Papa est mort, j'ai maudit Dieu. "
Sa voix était douce, mais mesurée. " Chéri, ce n'est pas important. Jésus t'aime. Il y a deux mille ans, il a donné sa vie pour toi. Il a versé son sang pour toi. "
Ses paroles me ramenaient à une autre époque, dans mes classes d'école du dimanche. Je voyais encore les images de Jésus en croix affichées sur le mur.
" Il est mort pour tes péchés. " La voix de ma mère était insistante. " Tu n'as qu'à lui demander de te pardonner, et il le fera. "
Voulait-il vraiment me pardonner? Le pouvait-il? Tout à coup, je voulais désespérément croire. " Maman, je ne sais même pas comment parler à Dieu. "
" Les mots ne sont pas importants. Je prierai, et tu prieras avec moi. "
" D'accord ", lui ai-je soupiré, m'accotant contre le mur.
Ma mère s'est mise à prier : " Seigneur Jésus, je sais que je suis un pécheur. Je te demande de me pardonner de mes péchés, de venir dans mon coeur et de m'aider à vivre pour toi. "
En répétant ses paroles, quelque chose au-dedans de moi a brisé. Je me suis mis à pleurer. J'ai ressenti un élan d'amour, une paix. Je savais. Je savais que Jésus m'avait pardonné et qu'il était venu dans mon coeur. Je l'entendais dire : " Je t'aime. Je te pardonne de tout. "
Par la drogue, la boisson et la débauche, je cherchais désespérément à être accepté. J'avais finalement trouvé cette acceptation. Pour la première fois de ma vie, je me sentais libre. J'ai jeté un coup d'oeil derrière moi. Les deux Hell's Angels me regardaient d'un air perplexe. Les motards ne pleurent pas.
Le reste de la bande attendait toujours dehors. La peur m'a envahi de nouveau en pensant à ce qui m'arriverait quand je raccrochais le téléphone.
" Maman, lui ai-je dis, la gorge serrée, je sais que Dieu m'aime et que je serai avec lui. J'aurais tant aimé rentrer et vous voir. "
Sa voix est devenue directe et désintéressée. " C'est encore possible, Barry. Prends le bottin et cherche un numéro pour moi. "
Tenant le téléphone entre mon oreille et mon épaule, J'ai commencé à feuilleter le bottin. J'ai trouvé la catégorie intitulée Clergé, puis j'ai cherché parmi la longue liste des noms de pasteurs. Lequel? Lequel? Mon doigt s'est arrêté à Browner, Avery B.* J'ai lu le numéro à ma mère.
" Bien, m'a-t-elle dit, Fran va chez les voisins le téléphoner pour lui dire de venir te chercher. Reste où tu es, et ne raccroche pas. "
J'ai attendu, une heure, puis deux , tout en parlant avec ma mère. Durant ce temps, les deux hommes qui attendaient derrière moi sont sortis rejoindre le groupe dehors. J'ai pensé appeler la police, mais vu mon dossier criminel, je croyais que cette option était aussi dangereuse que de confronter mes " frères ".
Ma mère a continué à me parler. Elle lisait dans sa Bible Jean 10.29, où Jésus a dit : " Mon Père, qui me les a donnés, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. "
J'ai jeté un coup d'oeil aux assassins qui m'attendaient dehors. Je savais que Dieu m'aimait et qu'il m'avait pardonné. Mais je doutais encore de sa puissance.
Un grand homme costaud, vêtu d'un complet bleu marin, venait vers moi à grands pas.
" Êtes-vous Barry Mayson? " m'a-t-il demandé.
" Qui êtes-vous? ", lui ai-je demandé, sur mes gardes.
" Avery Browner, de l'église Assembly of God. Votre femme m'a demandé de venir ici. Elle m'a dit que vous aviez besoin d'aide. "
" Le pasteur est arrivé ", ai-je annoncé à ma mère. " Que dois-je faire maintenant? "
" Chéri, tu as donné ta vie à Jésus. Maintenant tu dois lui faire confiance. " Puis, sa voix a pris un ton que je n'avais pas entendu depuis mon enfance. " Chéri, suis le pasteur maintenant. Je vais raccrocher. "
Je suis resté silencieux un moment. Était-ce le pas de foi dont j'avais tant entendu parler?
" D'accord Maman. Au revoir. " J'ai raccroché, puis je me suis tourné vers le pasteur. " Bon, allons-y. "
Nous sommes sortis dans la rue. Les hommes qui m'attendaient ont reculé. Le pasteur était un homme imposant. Ils croyaient sans doute qu'il était un policier habillé en civil. Nous nous sommes arrêtés, puis regardés.
" Quel est votre problème? " m'a-t-il demandé.
" Je viens de quitter les Hell's Angels " lui avouai-je, regardant le groupe. " Ces hommes veulent me tuer. "
" Que voulez-vous que je fasse pour vous? "
" Je veux juste que vous m'accompagniez au Western Union pour que je puisse récupérer mon argent et acheter mon billet d'avion. "
" Je ne peux pas faire ça. "
" Pourquoi? Je pensais que les gens comme vous devaient aider ceux qui en ont besoin. "
" C'est vrai. " Puis il a ajouté : " Mais vous devez faire cette chose seul. "
Je l'ai regardé, ébahi. Mais je voyais bien qu'il était inutile d'argumenter avec lui. J'avais déjà pris un premier pas de foi en quittant le téléphone. Je devais maintenant en prendre un autre, plus difficile.
Je me suis mis à marcher vers le Western Union. Du coin de l'oeil, j'ai vu les Hell's Angels se lever pour me suivre.
Me forçant à mettre un pied devant l'autre, j'ai prié : " Seigneur, laisse-moi rentrer à la maison. Permet moi d'obtenir l'argent et de sortir d'ici. " J'ai accéléré le pas, tentant de me mêler à la foule sur le trottoir. Tout à coup, j'ai vu l'enseigne jaune du Western Union.
Je suis entré, et je me suis dirigé vers une femme derrière la partition vitrée. " Avez-vous un télégramme pour Charles Barry Mayson? "
Elle a consulté quelques feuilles, puis elle m'a demandé des pièces d'identité. Pendant qu'elle comptait les billets, j'ai vu les Hell's Angels dans le reflet de la vitre; ils attendaient dehors, les bras croisés.
La dame m'a glissé les billets sous la partition. En les mettant dans ma poche, j'ai juré que s'ils me prenaient, je me débattrais.
Les deux hommes m'ont flanqué dès que j'ai franchi le seuil de la porte. Bon, Seigneur, c'est fini, pensais-je en mettant le pied dans la rue.
Tandis que les autres Hell's Angels refermaient le cercle autour de moi, j'ai levé les yeux. Par-dessus l'épaule de l'un de mes attaquants, j'ai vu la carrure de M Browner qui se pressait de venir me rejoindre.
" Hé! Hé là! " lui ai-je crié. À son approche, les Hell's ont reculé.
J'ai saisi le bras de M Browner. " Je suis vraiment content de vous revoir. Ils étaient à veille de me tuer. "
Il a placé ses grosses mains sur mes épaules. " Tu sais, Barry, le Seigneur semblait vouloir que je te laisse seul au début. Puis il m'a dit : "Cet homme est en danger et il a besoin de ton aide maintenant." "
Quelques heures plus tard, je me trouvais à bord d'un avion en route vers la Caroline du Sud, et je me suis surpris à penser Qu'est-ce qui va m'arriver maintenant? Ma vie sera-t-elle à jamais en danger? Mais plus fort encore que la peur était cette ferme assurance que j'appartenais à Dieu. Lorsque je lui ai cédé ma vie dans cette cafétéria, sa main puissante est bel et bien venue à mon secours, comme ma mère me l'avait promis. Les Écritures me garantissaient que personne ne pouvait me ravir de sa main.
Le soleil entrait par ma fenêtre. Nous commencions, Dieu et moi, la plus grande aventure.
*Le nom a été changé.
Tel que publié dans Guideposts, septembre 1983.